La Perse au coeur.

Iran, Février 2016

 

C’est une réalité. De l’eau a coulé sous les ponts d’Ispahan, depuis les années Ahmadinejad. Le pays continue sa mutation, un changement lent, en profondeur. Bien que le tourisme commence à se développer dans les principales villes du pays, l’Iran ne semble pour autant pas prêt à devenir destination anodine.

Le contexte géopolitique est pour le moins chaotique, et l’élection d’un Donald Trump arc-bouté sur des rancœurs « historiques », n’est pas gage d’un futur simple. La république islamique reste profondément marquée par l’embargo, et par les années de diabolisation qu’elle a subi. C’est peut-être aussi ce qui rend les iraniens et les iraniennes si atypiques, si accueillants.

Sortir de l’ombre. C’est un souhait qui semble largement partagé dans les cœurs de celles et ceux qui construiront l’Iran de demain. Souvent, les mêmes questions reviennent : « Pourquoi venez-vous en Iran ? ».

L’argument de la Perse millénaire, de ses sites historiques merveilleux ne prend pas. C’est une évidence pour tous. Ici plus qu’ailleurs, aller à la rencontre du pays, c’est avant tout aller à la rencontre de ses habitants. Bien qu’en réalité, ce soient plus les iraniens et les iraniennes, au-delà de tous les clichés, qui viennent à la rencontre des étrangers sortant des sentiers battus.

Loin de tout débat politique –le sujet est tabou-, à Téhéran, Shiraz, ou à Yazd, la population porte un regard bienveillant sur les étrangers. « Ici, ils ne vous arrivera rien. Dites-le, en France. Venez sans craintes. Nous veillons sur vous ».

Ces phrases sont répétées, martelées. Parfois ponctuées de remerciements : ceux d’une population heureuse et profondément désireuse d’échanger. Et, il est important de le souligner, la curiosité n’est absolument pas l’apanage de la jeunesse.

Evidemment, promener sa caméra au pays des Mollahs n’est pas sans risques. Il faut prendre garde à ne pas photographier n’importe quoi, n’importe qui, sous peine d’avoir de sérieux ennuis. Il ne faut pas non plus oublier le contexte local. On ne se rend pas chez les minorités kurdes ou baloutches comme on déambule sur la place de l’Imam à Ispahan. Et, en plus du contexte local, il ne faut pas oublier la situation internationale, 38 ans après la chute du Shah.

Mais pour qui prend ses précautions, l’Iran a de quoi séduire, bien au-delà des guides touristiques qui ont vu le jour ces dernières années. Et, tel un effet miroir, le regard que je porte en tant que photographe  sur l’Iran est avant tout le regard que les iraniens et iraniennes ont porté sur moi.

 

Laurent Perpigna Iban © Tous droits réservés