Mysticisme soufi, au rythme des tambours soudanais.


L'endroit est pittoresque. Dans la banlieue sud d'Omdurman, ville séparée de Khartoum par le Nil, les mêmes scènes se répètent tous les vendredis soir à la tombée de la nuit. Au cœur d’un immense terrain vague entouré de pierres tombales où viennent se recueillir les familles endeuillées, ont été érigées des temples soufis. C’est ici que se trouve la tombe de Hamed al-Nil, Sheikh soufi du 19ème siècle.

Les Soufisme est un visage méconnu de l’Islam, on estime ses adeptes à 300 millions sur 1,6 milliard de musulmans dans le monde. Ils se caractérisent particulièrement par la force et la mysticité de leurs invocations « dhikr ». Les soufis sont très attachés à la connaissance métaphysique, à l’élévation de l’esprit, ainsi que la purification du cœur et de l’âme via le combat le « moi » égoïste.

A Omdurman, comme dans les autres lieux où la communauté s’adonne à ses rites, l’ambiance est mystique. Les hommes sont vêtus de blanc et de vert, et forment de grands cercles. D’autres, virevoltent au rythme des tambours, bâtons à la main, en répétant à l’infini la profession de foi musulmane, la Chahada. Au fur et à mesure que le soleil décline, les incantations deviennent de plus en plus frénétiques. Les femmes, regroupées majoritairement au pied de temple, participent à la fête.

« Le soufi s’élève alors vers ce Dieu qui est également Absolu, Vérité et Unité, remontant le long d’une échelle intérieure ponctuée de stations (maqam), prenant conscience que la Création dans sa totalité n’est qu’une manifestation de l’Incréé. Il goûte alors à l’état d’annihilation en Dieu », écrit Thierry Zarcone, dans son ouvrage intitulé « À la rencontre du soufisme ».

Combien sont-ils, à Omdurman, à entrer en transe tous les vendredis ? Plusieurs centaines, mais le site accueille également beaucoup de soudanais qui viennent assister à ce moment mystique, qui reste, situation sécuritaire oblige, totalement préservé des regards.


Laurent Perpigna Iban © Tous droits réservés