Soudan, au-delà du cliché.

Sudan, April of 2017 .

 

Le décor est aride. La chaleur suffocante. Dans les rues qui accueillent le marché d’Omdurman, à quelques kilomètres de Khartoum, il n’est pas encore midi quand les premières boutiques baissent pavillon. Chacun semble autant accablé par les températures extrêmes que par une pauvreté devenue endémique.

Omdourman et Khartoum sont les deux cités les plus peuplées du pays. Situées de part et d’autre du Nil, les deux villes se confondent et semblent géographiquement ne faire qu’une, au-delà des différences sociales qui les distinguent.

C’est à Khartoum, capitale du pays, que sont concentrés les bâtiments officiels, les ambassades et quelques restaurants vaguement occidentalisés. Hormis ces artères néanmoins pittoresques, la ville bouillonne, envahie par le sable. De la ville aux torrides zones désertiques soudanaises, il n’y a qu’un pas.

Une fois ces deux villes passées, la vie se fait plus rare. Le Soudan est un État fédéral divisé en dix-sept États, le tout sous perfusion humanitaire constante de la communauté internationale. Entre une mauvaise répartition des richesses et les conflits qui y font rage, la situation du pays paraît bien préoccupante.

Les cicatrices du Soudan sont nombreuses. Jusqu’à sa partition en 2011, le pays possédait le plus vaste territoire d’Afrique et s’imposait comme une sorte de pivot entre deux mondes : le monde africain et le monde arabe.

Cette dualité a marqué l’histoire du jeune pays : dès son accession à l’indépendance en 1955, une guerre civile éclate au sud du Soudan. Elle s’achève en 1972 avec l’octroi d’un statut d’autonomie pour la région sud, après avoir causé la mort d’un demi-million de personnes.

Cette première guerre civile ouvre un cycle de violences qui ne s’arrêtera plus. C’est la guerre qui sévit au Darfour depuis 2003 qui va remettre le pays au centre des préoccupations. Ce conflit politico-ethnique, qui a déjà fait plus de 300 000 morts dans l’Ouest soudanais, a également bouleversé l’équilibre du pays, et de ses voisins, puisqu’il a emmené sur les routes de l’exode 2,5 millions de personnes.

Omar Béchir, qui a pris le pouvoir grâce à un coup d’État militaire en 1989, est toujours en poste malgré le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale nourri par pas moins de dix chefs d’accusations, dont cinq de crime contre l’humanité, trois de crimes de guerre et deux de génocide, ce qui confère au pays une grande fragilité politique.

Le Soudan du Sud, indépendant de Khartoum depuis maintenant six ans, fait quant à lui face à une situation de famine extrême : ce sont près de 5 millions de personnes – soit 40 % de la population totale sud-soudanaise – qui nécessitent une aide alimentaire d’urgence. Là-aussi, la guerre civile fait rage entre les partisans du président Salva Kiir et ceux de son rival Riek Machar, et l’exode des civils semble sans limite.

Laurent Perpigna Iban © Tous droits réservés